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Synthèse 2013 > Les pays qui décrochent : l’Espagne, la Pologne et la France

Les pays qui décrochent : l’Espagne, la Pologne et la France

La situation de l’Espagne, déjà très préoccupante au regard des résultats de l’enquête en 2012, s’est encore aggravée.

Le niveau d’inquiétude des Espagnols est aujourd’hui extrême. Onze des 17 risques testés sont désormais un sujet d’inquiétude important pour plus des trois quarts des Espagnols (contre seulement deux pour la moyenne européenne). Les motifs d’angoisse sont multiples et les inquiétudes se renforcent, qu’il s’agisse d’envisager la mort d’un proche (87% déclarent que cette perspective suscite une crainte importante ; +12 points par rapport à 2012), une maladie grave pour soi (86% ; +3) ou ses proches (89% ; +4), mais aussi des événements généralement bien moins anxiogènes, comme une incapacité temporaire affectant un membre du foyer (84% ; +4 contre 65% en moyenne).

La crainte du chômage, particulièrement forte déjà en 2012 en Espagne, se renforce encore, et pour cause : il concerne plus d’un quart de la population active (27,2% en avril 2013). Pour désormais 51% des Espagnols (+4), il s’agit d’un des trois risques les plus inquiétants auxquels ils pourraient être confrontés (contre 38% en moyenne), devant les risques financiers (47% ; +3) ou les risques médicaux (42% ;-1), pourtant jugés plus inquiétants dans la moyenne des pays européens.

Face à la montée des inquiétudes, le risque est aujourd’hui massivement considéré comme un danger qu’il faut éviter (73% ; +7). C’est en Espagne (et de loin) que le risque est le plus considéré comme dangereux. Pourtant, les Espagnols croient toujours plus qu’aujourd’hui, il vaut mieux enseigner à un jeune que dans la vie, il faut savoir prendre des risques quitte à en payer le prix si on échoue (73% ; +3). Pour s’en sortir, les Espagnols semblent penser (encore plus qu’en 2012) qu’il faut tenter le tout pour le tout. Au risque de tout perdre.

La situation de l’Espagne, déjà très préoccupante au regard des résultats de l’enquête en 2012, s’est encore aggravée.

La Pologne, rattrapée par la crise

Longtemps épargnée par la crise grâce à son dynamisme économique, la Pologne est à son tour frappée : l’activité économique ralentit, le chômage augmente mois après mois et les restrictions financières se multiplient. (1)

Si les Polonais restent moins inquiets que la moyenne des autres pays européens, les craintes progressent dans tous les domaines, mais surtout en ce qui concerne le chômage. Aujourd’hui, la possible perte de leur emploi suscite une crainte importante chez 55% des Polonais (+12 points). Les risques les plus anxiogènes sont fortement dominés par l’économie : risques financiers (52% les jugent parmi les 3 les plus inquiétants ; +3 points) et risques de chômage (50% ; +6 soit la plus forte progression depuis 2012).

Le sentiment de vulnérabilité des Polonais se renforce dangereusement, le système social défaillant ne permettant pas d’amortir l’impact de la montée du chômage et des craintes. Par rapport à 2012, la donne est en train de changer profondément. Il y a encore un an, les Polonais considéraient que le dynamisme économique compensait en partie les faiblesses des mécanismes de protection sociale. Aujourd’hui, 79% des Polonais considèrent qu’ils ont plus de risques qu’il y a 5 ans de connaître des difficultés financières (+6 points), 83% plus de risques de basculer dans la précarité

(1) Puissances d’hier et de demain : L’Etat du Monde 2014, de Bertrand Badie, Dominique Vidal, Philippe Rekacewicz et Collectif (5 septembre 2013), p.227

(+12 points) ou encore 79% plus de risques de perdre leur emploi (+14 points). Ces valeurs sont très supérieures à la moyenne européenne (de 17 à 28 points selon les items).

En conséquence, le rapport au risque (relativement décomplexé en 2012) change. Plus souvent considéré comme un danger (51% ; +9), on considère bien plus que l’année passée que pour réussir, il faut « plutôt faire attention à ne pas prendre trop de risques » (50% ; +11). Malgré tout, la Pologne demeure un des pays qui valorise le plus le risque, notamment en ce qui concerne l’éducation des jeunes : 70% (+1) considèrent toujours qu’il vaut mieux leur enseigner que dans la vie, il faut savoir prendre des risques quitte à en payer le prix si en échoue.

La Pologne, rattrapée par la crise

La France s’enfonce dans le pessimisme et l’angoisse

En France, le niveau de préoccupation déjà élevé continue d’augmenter : désormais 11 des 17 risques testés préoccupent chacun plus de trois quarts des répondants (contre seulement 3 sur 17 en 2012 et 2 sur 12 pour la moyenne européenne en 2013). Les sujets d’inquiétude sont multiples et progressent tous, sans aucune exception, qu’ils soient plus ou moins connectés à la conjoncture économique. L’angoisse se diffuse d’ailleurs à la vie quotidienne : la France est aujourd’hui le seul pays d’Europe dans lequel les risques d’agressions et de vol sont les plus anxiogènes (41% contre 30% en moyenne qui les citent parmi les 3 familles de risques les plus inquiétantes). Les risques de la route sont également plus cités que dans la moyenne des pays interrogés (38% contre 34%) et arrivent en deuxième position, devant les risques de chômage (37% ; +3 points néanmoins par rapport à 2012).

Les Français, hantés par la crainte du déclassement (60% d’entre eux se considèrent en régression sociale par rapport à leurs parents à leur âge, le score le plus élevé parmi les pays sondés), ont le sentiment d’être beaucoup plus vulnérables qu’avant la crise, et ce sentiment se renforce : 68% (+7 points par rapport à 2012) pensent qu’ils ont aujourd’hui plus de risques de connaître des difficultés financières qu’il y a 5 ans ; 61% (+11) qu’ils ont plus de risques de basculer dans la précarité, 48% (+7) plus de risques de perdre leur emploi et 33% (+4) plus de risques de connaître des difficultés d’ordre familial. Malgré les mécanismes de protection sociale existant, une majorité relative de Français a aujourd’hui le sentiment d’être moins bien protégée face à ces risques qu’il y a 5 ans (41% ; +4).

En France, le rapport au risque reste ambivalent : toujours plus considéré comme un danger (67% ; +5), les Français ont très majoritairement le sentiment que la prise de risques n’est pas valorisée dans leur pays (71% ; +3). Une majorité d’entre eux considère cependant qu’il vaut mieux enseigner à un jeune que dans la vie, il faut savoir prendre des risques (57% ; +4). Pourtant, la plupart d’entre eux continue de penser que pour réussir, il faut plutôt faire attention à ne pas prendre trop de risques (53% ; +2). Deux positions qui résument bien les contradictions des Français face à la prise de risque.

La France s’enfonce dans le pessimisme et l’angoisse

Regards d'experts

guillemet début Le décalage entre les réalités et la perception par l’opinion n’est pas nouveau. Des enquêtes menées dans les années 50 puis dans les années 60 montrent, alors que tous les indices économiques sont en progression, que les Français voient leur situation comme se dégradant. Au moment de la polémique lancée par le Parti Communiste Français dans les années 50 sur la « paupérisation absolue et relative » de la classe ouvrière, grand concept de Maurice Thorez, tout le monde se fiche bien de Maurice Thorez, mais cela rencontre un écho considérable. On se dit : « il a raison », alors que nous sommes au beau milieu des « Trente glorieuses ».

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guillemet début La Pologne a traversé la crise économique sans en subir de conséquences. La période qui a suivi la fin du communisme a été extrêmement prospère pour les gens qualifiés, qui pouvaient trouver assez facilement des emplois. On arrive à la fin. On s’aperçoit que la génération des enfants a plus de mal comparée à la précédente au cours des 20 dernières années.

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guillemet début En Espagne, le principal amortisseur face aux risques sociaux est probablement la famille. Cela va très loin : on ressort Grand Papa de la maison de retraite car il y a des familles où la pension à 900 euros, c’est la seule chose qu’on a, -pour tout le monde. On le ressort, on s’en occupe à la maison et on vit des 900 euros de Grand Papa. Mais on s’entraide énormément. On est dans une forme de réponse anti-individualiste à la crise. Le chômage touchant aussi particulièrement les jeunes, il est fréquent que trois générations doivent cohabiter ensemble.

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guillemet début Une enquête très sérieuse menée chaque mois par le CIS en Espagne montre qu'on assiste en fin d'année à un net regain d'optimisme. Les sondés doivent signaler par ordre décroissant les trois problèmes les plus graves du pays. Sur le podium on a en n°1 le chômage (pour 77,4% contre 82,4% en mai 2013) ; en n°2 les problèmes économiques (32,7% en très net retrait par rapport à 53,7% en janvier 2012, c'est-à-dire quand l'équipe gouvernementale actuelle entre en action) ; en n°3, la corruption de la classe politique (31,3% contre 44,5% en mars 2013).

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guillemet début Par rapport à l'obsession sécuritaire de la France, qui ressort dans votre enquête, la sécurité ne préoccupe que 3,6% des Espagnols (CIS, octobre 2013), chiffre qui n'évolue pratiquement pas depuis le début de la crise.

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guillemet début Les Français sont les champions du sentiment de régression ou de déclassement. En Allemagne, c’est exactement l’inverse.

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guillemet début La difficulté de l'analyse, si l’on veut comprendre les sentiments exprimés, c’est de rapprocher le sentiment de vulnérabilité tel qu’il est mesuré dans cette étude, des contextes politiques et économiques précis. Le retournement de la conjoncture économique, comme en Pologne en pire ou comme en Espagne en mieux, a pesé semble-t-il. Le retour du sérieux politique principalement, en ce qui concerne l'Italie, avec les gouvernements de Mario Monti, puis d'Enrico Letta, explique que les Italiens retrouvent un peu d’optimisme.

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guillemet début Connaissez-vous le « paradoxe d’Easterlin » ? En 35 ans, le PIB a augmenté en France de 113% corrigé de l’inflation et dans le même temps la satisfaction déclarée des Français est restée la même, à un niveau de 6,2/10. Il y a au moins deux explications à cela. On se compare à ses voisins : s’ils ont progressé et qu’on a soi-même progressé de la même façon, le niveau de satisfaction reste inchangé. Et on s’adapte : je m’adapte à tel changement s’il est structuré dans mon existence, et à la fin je ne le perçois plus. C’est l’adaptation hédonique.

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guillemet début Des études montrent qu’à situation égale (en termes de revenu, d’éducation, etc.), les Français sont moins heureux que les ressortissants d’autres pays. Il y a une dimension fortement culturelle et subjective dans le pessimisme français.

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guillemet début Dans tous les pays de l’élargissement, les pays baltes en sont un exemple, on a basculé dans un perception plus anxieuse de la situation

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