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Synthèse 2013 > La fin de l’Etat-Providence omniprésent, opportunité d’émergence d’un nouveau modèle ?

La fin de l’Etat-Providence omniprésent, opportunité d’émergence d’un nouveau modèle ?

Dans tous les pays sondés, une majorité d’habitants considère certes souhaitable que le secteur public / l’Etat augmente ses niveaux de prise en charge en matière de protection sociale. Les Polonais et les Espagnols sont les plus nombreux à souhaiter leur augmentation. Seuls les Français et les Britanniques considèrent les niveaux actuels suffisants (voire excessifs) en matière de politique familiale, d’indemnités chômage, ou encore de remboursement des médicaments et des consultations médicales (pour la Grande-Bretagne seulement). Les augmentations de prise en charge jugées les plus souhaitables sont celles qui répondent à des besoins liées au vieillissement de la population européenne : les pensions de retraite (79% des Européens jugent souhaitable qu’elles augmentent) ou encore la perte d’autonomie / dépendance (75%).

La réforme apparait néanmoins inéluctable et les Européens semblent résignés aux coupes budgétaires. Seuls les Allemands croient à une augmentation des niveaux de prise en charge publique, en particulier en ce qui concerne la politique familiale (60% pensent qu’ils vont augmenter), les pensions de retraite (54%) ou la perte d’autonomie / dépendance (52%). Cet optimisme qui dénote s’explique par le fait que l’Allemagne est le seul pays européen à afficher un excédent budgétaire en 2012, une situation qui rend évidemment les perspectives de coupes budgétaires moins pressantes. En revanche, en Italie et en Espagne, les politiques d’austérité sont toujours d’actualité et les répondants anticipent très majoritairement de nouvelles coupes.

Cette diminution anticipée des niveaux de prise en charge par l’Etat s’accompagne du sentiment que ce dernier va jouer dans les années qui viennent un rôle de moins en moins important (49% des répondants le pensent, contre 24% un rôle « de plus en plus important » et 27% « ni plus ni moins important ». Les Espagnols (63%), les Français (61%), les Polonais (59%) et les Italiens (55%) en sont particulièrement convaincus.

Mais pour les Européens, il est hors de question d’imaginer un système de protection sociale efficace sans rôle important dévolu à l’Etat. Seuls 14% estiment un tel système envisageable. Le modèle de l’Etat-Providence omniprésent, acteur unique de la protection sociale, n’a plus non plus le vent en poupe : seuls 30% des Européens considèrent qu’un modèle de protection sociale efficace est un modèle dans lequel l’Etat joue un rôle prépondérant (45% néanmoins des Britanniques qui restent très attachés à leur modèle). Une majorité d’Européens considère désormais qu’un modèle de protection sociale efficace est un modèle dans lequel l’Etat joue un rôle important mais agit en partenariat avec d’autres acteurs comme les assurances, les mutuelles et les associations (56% ; 63% en France et en Pologne).

Le principe de solidarité reste essentiel aux yeux des Européens, et à leurs yeux l’Etat en reste vraisemblablement le garant. Parmi une série de modèles qui leur étaient proposés, ils privilégient en effet « un modèle où chacun paye suivant ses moyens, les plus riches payant plus que les plus pauvres » (52%), « un modèle qui couvre aussi les personnes totalement démunies qui n’ont pas les moyens de payer pour leur protection » (46%) ou encore « un modèle de protection solidaire, entre générations, entre personnes sans emploi et salariés, riches et pauvres… » (39%). Le principe de solidarité inhérent au modèle social européen et qui a permis d’amortir le choc de la crise, continue donc de primer sur les logiques budgétaires (seuls 33% des Européens privilégient un modèle où on cherche le plus possible à résorber les dépenses et les déficits pour atteindre l’équilibre budgétaire ; 43% en France cependant) ou plus individualistes (27% appellent de leurs vœux un modèle qui permettrait de choisir son niveau de protection, dans lequel chaque individu contribue pour la couverture de ses propres risques et est couvert à hauteur de sa contribution ; 18% un modèle où les assurances privées et les mutuelles participent plus à la couverture des risques de chacun).

La France se distingue toutefois des autres pays en ce qui concerne les modèles sociaux plébiscités : les solutions les plus individualisées y suscitent davantage d’intérêt qu’ailleurs. Les Français sont les plus nombreux à attendre du système qu’il leur propose un modèle qui permette de choisir un niveau de protection où chacun contribuerait pour la couverture de ses propres risques (respectivement 34% contre 27% pour l’ensemble) et un système où le rôle des assurances privées et des mutuelles serait renforcé (26% contre 18% pour l’ensemble). En France, cette tendance fait écho à la montée du pessimisme qui empêche de se projeter dans le futur, au renforcement des craintes pour leur situation personnelle et au sentiment que le système de protection est en danger.

La fin de l’Etat-Providence omniprésent, opportunité d’émergence d’un nouveau modèle ?

Regards d'experts

guillemet début En Allemagne, le sentiment de responsabilité s’est considérablement accru. On était dans un système de protection basé sur l’assistanat et les garanties sociales ; on a changé de logique avec les lois Hartz. C’est un changement de paradigme que les Allemands assument très bien, contrairement à tout ce qui s’écrit dans les sciences sociales françaises depuis quelques mois.

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guillemet début Il me semble qu’on voit apparaître quatre modèles. 1 – Un système social arrivé à maturité, et stabilisé durablement, comme en Suède. Avec un fort degré de confiance dans leur modèle, qui est protecteur. Sans que cela les empêche de valoriser la responsabilité individuelle. 2 – L’Allemagne, qui émerge avec un modèle social rénové sur lequel on est très fiers d’avoir basculé après le marasme de l’unification. Les Allemands semblent être sortis de la mutation de leur modèle et avoir retrouvé la confiance. 3 – Il y a les modèles en rupture ou en phase de fragilisation, avec notamment l’angoisse des Polonais, qui apparaissaient pourtant comme les libéraux de l’Europe, à l’aise dans un système à risques acceptés. On voit là que pour eux cela ne marche plus. » 4 – Au Sud en revanche, un modèle dans lequel le modèle social classique, protecteur, de source étatique, est sérieusement remis en cause. Dans l’étude IPSOS, j’ai relevé par exemple que les Français préfèrent s’assurer personnellement plutôt que de payer un système collectif dont ils ne retrouvent pas les dividendes.

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guillemet début La dimension familiale est toujours importante quand on considère les modèles de protection. Il y a un équilibre qui se fait toujours entre public et privé. Mais jusqu’à quand ? En Italie par exemple, est-ce qu’on ne va pas vers une destructuration de la famille ? Pour l’instant ça résiste. Les maisons de retraite sont relativement peu fréquentées sauf pour les plus démunis. Il y a tous ces foyers à trois générations. Les jeunes n’ont plus facilement accès à la propriété (alors que l’idéal d’un jeune couple c’est de rentrer dans sa maison). C’est pourquoi le phénomène Tanguy se démultiplie. Mais jusqu’à quand le modèle de solidarité familial peut-il exister ? Les divorces progressent, les familles commencent à se séparer. Si ce système vertical de solidarité qu’est la famille s’effondre, que se passera-t-il ?

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guillemet début Si on remet les choses dans une perspective historique, on voit que les Allemands ont un modèle ancien, le modèle Bismarckien ; c’est même le plus ancien. Mais qu'ils sont passés à un autre paradigme. Ils ont réussi ce que les autres Européens cherchent à faire, sans y parvenir pour l'instant.

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guillemet début Schröder disait : pour réformer, il faut que nos gouvernants s’habituent à ne pas être réélus.

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guillemet début On aurait pu ajouter à cette enquête une question qui me semble importante dans un contexte aussi anxiogène : quelles sont les solutions que pourrait éventuellement apporter l’Union européenne elle-même en matière de protection sociale, en dépit de compétences juridiques encore très limitées ?

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