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Regards d'experts 2013 > Marc Lazar

Marc Lazar

Professeur à Sciences-Po Paris et à l’Université de Luiss-Guido Carli de Rome

Professeur d’histoire et de sociologie politique, spécialiste de l'histoire de la Gauche et de la vie politique italienne, Marc Lazar est directeur du département d’histoire et président du Conseil scientifique de Sciences Po.

Il a fondé et anime le GREPIC (Groupe de recherches pluridisciplinaires sur l’Italie contemporaine) au CERI (Centre d’études et de recherches internationales), Sciences Po-CNRS.

Il est également président de la School of Government à la LUISS-Guido Carli et professeur associé dans cette université. Il est l’auteur de nombreux livres consacrés à l’Italie dont la plupart ont été traduits en italien.

Il a travaillé sur le communisme, l’étude comparée des partis politiques de la gauche socialiste et sociale-démocrate en Europe de l’Ouest, les rapports entre la gauche et les services publics en France, ainsi que sur les mutations de la démocratie en Italie. Principales publications :
- « L’Italie des années de plomb. Le terrorisme entre histoire et mémoire », avec Matard-Bonucci, Marie-Anne (dir.), Autrement, 2010
- « L’Italie contemporaine, de 1945 à nos jours » (dir.), Fayard, 2009
- « L’Italie sur le fil du rasoir », Perrin, 2009

guillemet début Nous sommes dans un continent, l’Europe, où la population est de plus en plus âgée. Le vieillissement de la population explique une grande part des attitudes face aux risques. C’est une donnée fondamentale, soulevée par plusieurs études. De plus en plus, il faut avoir cela en tête. guillemet fin

guillemet début N’oublions pas que derrière ces chiffres il y a des variations régionales. Face aux risques, ce n’est pas du tout la même Italie selon que l’on parle du Sud ou du Nord. Il y a 8% de chômage au Nord et plus de 17% dans le Sud, proportion qui dépasse les 40% pour les 15-24 ans (le double du Nord). C’est une limite importante de l’étude. Le sentiment d’être protégé, ou la crainte de la régression sociale, s’inscrivent dans des réalités très différentes. Si on menait l’enquête en Lombardie ou en Vénétie et qu’on comparait à la Sicile ou la Campanie, je pense que la différence irait de 1 à 50 ! guillemet fin

guillemet début Il vient d‘y avoir un grand changement en Italie. Jusqu’à 2011 Berlusconi expliquait aux Italiens qu’ils étaient dans une sorte de bulle, que la crise passait à côté. Puis on a eu le gouvernement Monti, qui a tenu un discours churchillien : « du sang et des larmes ». Alors les Italiens ont pris conscience que, vraiment, ça allait mal. guillemet fin

guillemet début La dimension familiale est toujours importante quand on considère les modèles de protection. Il y a un équilibre qui se fait toujours entre public et privé. Mais jusqu’à quand ? En Italie par exemple, est-ce qu’on ne va pas vers une destructuration de la famille ? Pour l’instant ça résiste. Les maisons de retraite sont relativement peu fréquentées sauf pour les plus démunis. Il y a tous ces foyers à trois générations. Les jeunes n’ont plus facilement accès à la propriété (alors que l’idéal d’un jeune couple c’est de rentrer dans sa maison). C’est pourquoi le phénomène Tanguy se démultiplie. Mais jusqu’à quand le modèle de solidarité familial peut-il exister ? Les divorces progressent, les familles commencent à se séparer. Si ce système vertical de solidarité qu’est la famille s’effondre, que se passera-t-il ? guillemet fin

guillemet début Le décalage entre les réalités et la perception par l’opinion n’est pas nouveau. Des enquêtes menées dans les années 50 puis dans les années 60 montrent, alors que tous les indices économiques sont en progression, que les Français voient leur situation comme se dégradant. Au moment de la polémique lancée par le Parti Communiste Français dans les années 50 sur la « paupérisation absolue et relative » de la classe ouvrière, grand concept de Maurice Thorez, tout le monde se fiche bien de Maurice Thorez, mais cela rencontre un écho considérable. On se dit : « il a raison », alors que nous sommes au beau milieu des « Trente glorieuses ». guillemet fin

guillemet début Il y a un sentiment général de méfiance en Italie. Toutes les autres enquêtes que l’on a montrent un écroulement de la confiance, qui touche toutes les institutions même la Présidence de la République. 4% des Italiens ont confiance dans les partis politiques ! Alors en Italie, un peu comme en Grèce, il n’y a plus rien d’autre à faire que de prendre des risques, témoignent les indices assez spectaculaires de reprise de l’immigration du Sud vers le Nord, chez les jeunes ou l'émigration des jeunes diplômés vers l'étranger ("la fuite des cerveaux"). Néanmoins, on constate par ailleurs que la balance commerciale est fortement excédentaire. Il y a en Italie une capacité entrepreneuriale qui existe encore. guillemet fin

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